Sous le première restauration, l'ordonnance du 12 mai 1814 supprime une centaine de régiments, entraînant ainsi une réduction importante du nombre d'officiers. Un grande partie d'entre eux sont mis en " demi-solde ", en fait en solde considérablement réduite, souvent de bien plus que la moitié. Jamin n'y échappera pas.
Dans une lettre du 24 septembre 1814, il écrit au Comte Dupont de l'Etang, ministre de la guerre, pour attirer son attention sur son sort.
A son Excellence le Comte Dupont, Ministre de la Guerre
Je suis rentré de captivité les premiers jours de mai. Je me suis présenté de suite à Votre Excellence et me hâtai de faire ma soumission et de mettre mon épée au Souverain, qui, en se replaçant sur le trône de ses pères, me rendait la liberté. Je vous demandai de l'emploi, vous me promîtes le département de la Meuse qui était vacant, vous le donnâtes à Monsieur le Lieutenant Général Broussier, mais vous me nommâtes ensuite à celui de l'Indre. Je réclamai ma lettre de service qui était expédiée. On me dit de prendre patience jusqu'au 1er septembre, époque où le travail relatif aux généraux serait terminé. J'attendis et vous mîtes à ma place le maréchal de camp Moreau. Je n'ai pas mérité cette disgrâce Monseigneur, je suis attaché au Roy et 23 ans de service ne m'ont mérité que des éloges. Depuis 18 ans je suis officier supérieur, je ne pensais qu'à l'honneur. C'est vous dire que je suis sans fortune, mais j'ai une famille dont je dois aussi m'occuper.
Je réclame de votre justice et de la bienveillance que vous montrez à tous les généraux de l'armée que vous me conserviez mes appointements d'activité jusqu'à ce que je sois replacé. La confiance que j'ai dans Votre Excellence est cause que j'ai compté sur elle et que je n'ai pas cherché à me faire employer par d'autre voies. Je la supplie donc d'avoir égard à ses promesses, à son arrêté et à la justice de ma demande.
J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le Maréchal de Camp : Baron Jamin, rue du Bac 69.
Le 7 janvier 1815, Jamin renouvelle sa demande auprès du Maréchal Soult, Duc de Dalmatie, nouveau ministre de la Guerre.
Monseigneur,
J'ai été fait prisonnier de guerre le 25 mars dernier à Fère-Champenoise en me sacrifiant pour arrêter les progrès de l'ennemi que je parvins à contenir et, par là, rendre possible la retraite des Ducs de Trévise et Raguse. Les pertes que j'éprouvai dans la campagne et surtout à cette affaire ont augmenté ma gêne. Je n'ai de fortune que l'épée qui me donne la demi-solde. Si mes services que votre Excellence a souvent fait récompenser pouvaient me faire employer, le Roi aurait un serviteur zélé et sur. Si je n'ai pas encore cet espoir, je vous supplierais de m'accorder en attendant mon appointement d'activité en me mettant à votre disposition pouvant y servir utilement pour tout ce qui est relatif à la législation militaire.
Recevez, Monseigneur, l'hommage de mon respectueux dévouement.
Le Maréchal de camp Baron Jamin.
Ce n'est pas cette lettre anonyme transmise par le sous-préfet de Pontoise (Jamin réside alors à Villiers-le-Bel) le 16 novembre 1815 qui va arranger les choses :
Le général Jamin, ami du général Brunet, a une conduite différente ; sans être moins dangereux , plus adroit, plus politique, il cache ses actions sous des dehors honnêtes et parle suivant les personnes qu'il voit . Propriétaire d'une maison à Villiers-le-Bel, il avait été accueilli par les personnes honnêtes dont il a perdu l'estime et la société par sa conduite. Il est un des rares officiers qui ait reçu la Croix de Saint-Louis. Le roi lui a accordé une place pour son fils à La Flèche. Tant de bienfaits n'ont été payés que d'ingratitude et de perfidie. Au débarquement de Buonaparte il a été l'un des derniers à répondre à l'appel du roi. Il alla se présenter devant lui peu de jours avant le 20 mars lui renouvelant serment de fidélité et à peine S.M. était-elle à 10 lieues de Paris qu'il marchait contre elle à la tête d'un régiment. Le 19ème a logé à Villiers-le-Bel et tout le monde l'a vu partir à sa tête. Il a fui à la bataille du Mont Saint Jean, est revenu chez lui d'où il a rejoint ensuite l'armée de la Loire. Il cherche maintenant du service, dit avoir fait deux visites au Duc de Feltre, plusieurs eu Maréchal Victor. C'est l'ennemi des Bourbons.
Son aide de camp nommé Brice ne vaut pas mieux que lui.
Le général Jamin obtiendra finalement le commandement du département du Lot le 26 juin 1816.